28 Descartes, jour de Hume.
L'interprétation de ce que représente Hume est un problème célèbre. Lui-même ne prétend être qu'un "sceptique modéré". Kant au contraire voit en lui un sceptique hyper-radical qui dissimule cette radicalité. Husserl inverse le jugement de Kant en disant que la vraie révolution transcendantale de Kant se trouve en fait chez Hume. Et il y a le jugement de Strawson : personne ne sait si Hume est un vrai métaphysicien révisionniste (qui veut changer nos concepts sur la réalité) ou bien un épistémologue descriptif (qui ne veut que mieux décrire ce que nous croyons déjà), car il est une sorte de "métaphysicien ironique", qui prend un langage épistémologique idéaliste dans son ontologie (les impressions et les habitudes de l'imagination) mais qui doit avoir en fait une sorte de "cercle" non-vicieux où il présuppose une ontologie réaliste et naturaliste hors de cette épistémologie sceptique. Ou pour parler simplement : il fait comme s'il n'y avait que des impressions empiriques mais si on le lit de près il y a des choses et un ordre du monde comme chez un réaliste. Il nie que nous connaissions la causalité mais il ne nie pas son existence, au contraire il nie que nous puissions (empiriquement) la nier autant que la fonder. Il est à la fois sceptique et résolument "scientiste" et déterministe. Son ironie entre révolution et conservatisme se voit le mieux dans ses essais politiques (où il défend toujours le statu quo mais au nom de son absence de valeurs) et religieux (où il prétend être un simple agnostique modéré tout en déployant en sous-main un athéisme sarcastique extrêmement radical).
Ma connexion internet a été coupée hier, après mon téléphone. Je me rends soudain compte à quel point l'Internet joue à présent je pourrais apostropher le Réseau des Réseaux en ces termes ailés : "μοί ἐσσι πατὴρ καὶ πότνια μήτηρ, // ἠδὲ κασίγνητος, σὺ δέ μοι θαλερὸς παρακοίτης·"
Je me suis rarement senti aussi coupé du monde.
Moi qui me vantais hier de ne pas disposer des ressources de self-deception positive de la religion (ce qui est l'avantage de ces mèmes du point de vue évolutionniste), j'en ai du moins les aspects négatifs car je ne peux jamais m'empêcher de ressentir les petits aléas comme des sortes de châtiments dans l'ordre du monde. J'ai donc réagi avec un surprenant manque de calme et de sérénité hier soir quand ma freebox s'est arrêtée.
Il est dommage de ne pouvoir se débarrasser à la fois des vices du ressentiment en même temps que des vertus de l'espérance. Je cumule donc de manière peu optimale l'angoisse de la superstition et l'inquiétude du libre-penseur, la culpabilité du puritain mais sans rien de son zèle industrieux - un peu l'inverse de Hume qui réussissait à soigner l'inquiétude philosophique dans un scepticisme tranquille le réconciliant avec la réalité.